Comment vont évoluer les prix de l'électricité en 2023 ?

il y a 2 mois   •   7 minutes de lecture

Par Emmanuel Sire
Table des matières

Les prix de l'électricité sont au cœur de l’actualité économique et sociale, partout en Europe. Les différents événements de marché, géopolitiques ou encore la volonté politique de certains gouvernements entraînent des remous importants dans le monde de l’énergie en Europe.

Aujourd’hui, la grande majorité des marchés de l'électricité européens sont interconnectés. Les prix des différentes zones (Allemagne, France, GB…) sont interdépendants. Ils s’influencent par le biais de la construction des marchés et des différentes régulations européennes.

Récemment pour faire face à l’explosion des prix, l'Espagne et le Portugal ont eu recours à un mécanisme de blocage des prix de marché. L’Union européenne a également décidé récemment de mettre en place des mesures de grande envergure à en croire les déclarations d’Ursula Von Der Leyen.

Les marchés de l'électricité sont actuellement en surchauffe, nous allons tenter dans cet article de décrire un scénario de prix avec un contexte “stable”, dans lequel nous pourrions voir les effets des mesures gouvernementales, et un scénario de prix “tendu” qui pourrait accentuer les prix.

Scénario 1 : Un scénario de prix favorable dans un contexte stable

ampoule électricité

Des causes structurelles et conjoncturelles à la hausse des prix de l'électricité

Initialement la hausse des prix de l'électricité a débuté à l’issue de la première crise du covid 19. Cela est principalement dû à plusieurs facteurs :

  • La reprise économique mondiale à la suite du Covid 19 ;
  • L’invasion russe de l’Ukraine ;
  • La hausse des prix du gaz naturel (stimulée par le premier et le deuxième facteur).

L’activité économique en berne durant des mois de confinement a déstabilisé les marchés de l'énergie.

En reprenant une activité intensive (même loin du niveau précovid) les industries du monde entier ont cherché massivement à se fournir en énergie. Les producteurs d’énergie n’ayant pas doublé sur cette période, mécaniquement cela fait monter les prix de l’électricité. C’est pour cela que ce dernier est en hausse constante depuis 2020.
L’invasion de l’Ukraine par la Russie a également participé à cette course en avant des prix, notamment en raison du gaz.

Avant le conflit la Russie représentait plus de 40% des importations de gaz de l’Europe. Or le contexte géopolitique actuel réduit presque à néant ces importations. Il n’est pas possible de compenser ces volumes de gaz à court terme, le changement de filière d’approvisionnement est complexe et long à mettre en place. Pour ces raisons, les prix du gaz se sont également envolés.

Les marchés de l'électricité se sont créés sur un principe simple : le coût marginal de production détermine le prix de l'électricité. Comme nous l’avons évoqué dans nos articles, le prix de l'électricité est déterminé par le coût de la centrale la plus chère afin de pouvoir répondre à la demande.

En toute logique, plus la demande est forte, lors des pics de consommation et plus le prix sera cher. Il s’avère que la centrale la plus chère pour “matcher” la demande est souvent une centrale … à gaz.

On comprend maintenant pourquoi cette situation est exceptionnelle, de par cette conjoncture d'événements à la suite les uns des autres. Le principe du coût marginal n’a jamais été contesté en plus d’une vingtaine d'années d’existence, malheureusement aujourd’hui ce design de marché nous interroge.

L’Union européenne, à la rescousse des marchés de l'électricité

Aujourd’hui la durée du conflit en Ukraine reste indéterminée. La reprise économique semble lancée, même si nous n’avons pas encore atteint les niveaux d’avant la crise sanitaire.

L’Union européenne a décidé de mettre en place des mesures chocs afin de protéger la paix sociale dans ces différentes nations. L’inflation galopante, le risque de fermeture de nombreuses entreprises ainsi que des conflits sociaux importants ont conduit l’UE à proposer les mesures suivantes :

  • Un plafond temporaire concernant les recettes perçues par les producteurs d’électricité dit “inframarginaux” (énergies renouvelables, énergie nucléaire). Le prix de vente qui sera perçu par les producteurs concernés sera plafonné à 180 euros/MWh. La différence entre le prix réel de vente et 180 €/MWh sera reversée aux états pour financer le bouclier tarifaire ;
  • La contribution de solidarité temporaire : l’UE souhaite mettre en place une contribution exceptionnelle sur les bénéfices générés par des activités dans les secteurs du gaz, pétrole, charbon ainsi que le raffinage. Les Etats vont percevoir des bénéfices excédentaires de 20% des bénéfices moyens sur les 3 dernières années ;
  • Une réduction importante du gaz consommé en Europe. Des mesures de sobriété énergétique vont être mises en place dans chaque État membre.

Il s’agit de mesures de court terme visant à atténuer les conséquences de la crise des prix de l'énergie sur le pouvoir d’achat des citoyens européens.

L’Union européenne et l’État français souhaitent, également, mettre en place des mesures de plus long terme et cela passe par une réduction totale de la dépendance de l’Union vis-à-vis du gaz provenant de Russie d’ici 2027.

Il faut également évoquer le bouclier tarifaire mis en place par le gouvernement français et suivi par de nombreux États.

Des mesures efficaces en cas de stabilisation de la situation géopolitique

Nous pouvons à présent imaginer un scénario dans lequel la crise géopolitique actuelle se stabilise en Europe.

Si certaines conditions sont également respectées alors une tendance baissière pourrait s’observer sur les marchés de court terme. Notamment si les nouvelles sources d’approvisionnement en gaz restent continues et régulières. Mais également si les mesures de sobriété énergétique sont efficaces et généralisées, ce qui a pour conséquence de réduire de 10% la  consommation d'électricité en France.

L’inconnu aujourd’hui réside dans la disponibilité des centrales nucléaires françaises d’EDF. On observe en 2022 un des taux de disponibilité du nucléaire les plus bas depuis près d’une dizaine d’années. Un grand nombre d’entre elles sont aujourd’hui à l'arrêt pour cause d’opérations de maintenance liées à des problèmes de corrosion.

Si ces dernières se rétablissent avant l’hiver prochain, le signal envoyé aux marchés serait suffisamment positif pour tirer les prix vers le bas.

Dans ce cas de figure favorable, les mesures politiques auraient un effet immédiat sur les prix. Cela pourrait permettre de rétablir une situation de marchés plus socialement acceptable durant plusieurs mois, ce dispositif pourrait être amené à disparaître en cas de stabilisation des conflits en Europe.

Il faut noter que même en cas d'arrêt des combats en Ukraine, il subsisterait une  tension résiduelle sur les prix le temps pour l’Europe de s’adapter à ses nouveaux modes de production et de consommation, ainsi que de recréer des filières d’approvisionnement en gaz.

Scénario 2 : Un scénario de prix défavorable en cas d’augmentation de l’instabilité géopolitique en Europe

orage

Les facteurs pouvant aggraver la tension sur les marchés

Le conflit armé opposant l’Ukraine et la Russie reste le facteur le plus important dans la réaction des marchés. Cette guerre a bousculé l’organisation du secteur de l’énergie de manière durable, et peut encore avoir de lourdes conséquences en cas d’extension du conflit.

Les pertes humaines et économiques peuvent être catastrophiques, il s’agit du premier facteur à suivre pour essayer de comprendre les réactions des marchés.

Les nouvelles filières d’approvisionnement (notamment de gaz) sont aujourd’hui encore fragiles. Il est probable que pour un facteur conjoncturel ou géopolitique, l’une de ses sources vienne à se réduire.

Cela pourrait également engendrer une hausse des prix et ainsi fragiliser encore le tissu industriel européen.

La disponibilité du parc nucléaire français joue également un rôle important pour les prix de la zone CWE (Central West Europe). Si l’ASN annonce de nouvelles indisponibilités au cœur de l’hiver, RTE aura des difficultés à assurer l’équilibre électrique, les marchés réagiront à n’en pas douter.

L’avantage des mesures mises en place par l’UE est que dans ce cas de figure les sommes engrangées par les États devraient être colossales (plus de 150 milliards d’euros).

Elles devraient suffire à protéger les entreprises françaises et les ménages à court terme, mais impossible à tenir sur le long terme. Il y aura moins d’incitation à investir dans de nouveaux moyens de production, l'intégralité du secteur serait à repenser, ainsi que la libéralisation des marchés.

La situation politique reste également tendue entre Taiwan et son voisin chinois. On peut également imaginer qu’une recrudescence des hostilités puisse déstabiliser le secteur de l’énergie de manière encore plus importante.

L’Algérie assure également une partie de l'approvisionnement en gaz de la France et de l’Europe, si un quelconque événement venait à atténuer ce support, des tensions durables vont apparaître sur les marchés de l'électricité.

Des mesures robustes mais de court terme

Dans le scénario décrit précédemment, les prix de l'électricité devraient connaître une stabilisation durant plusieurs mois, grâce aux mesures importantes mises en place.

Malgré tout, les marchés afficheraient des prix toujours aussi élevés pour ce qui concerne les moyens de production fossiles (gaz et charbon). Ils seraient également élevés pour le nucléaire et les ENR (les inframarginaux) cependant la mesure européenne redirigera ces fonds (au-delà de 180€/MWh) vers le consommateur final.

En résumé, la volatilité et les hausses de prix devraient se succéder sur les marchés, même si l’effet sur la facture des entreprises énergivores en serait diminué grâce à ces mesures d’urgence.

Les tensions constatées sur les marchés du CO2 en 2020/2021 sont aujourd’hui atténuées. Il s’agit également d’un facteur expliquant les hausses de prix de l'électricité. Si cette commodité voit son prix doubler en 2023, les prix de l'électricité en subiraient les conséquences immédiates.

european carbon credit market
Source : Carbon Credis

Il est particulièrement difficile de prévoir ce que vont faire les marchés de l'électricité sur l’année 2023. De tout temps la prévision des prix de l'électricité est un exercice quasi impossible à réaliser avec précision.

Les différents modèles mathématiques qui existent actuellement (processus stochastiques pour la plupart) sont incapables d’afficher des performances régulières sur le temps, principalement à cause de la diversité et du nombre de facteurs qui influent sur ce prix et s'autocorrèlent.

A court terme les mesures misent en place par l’UE devraient suffirent à réduire la facture d’électricité des entreprises et des clients particuliers et sécuriser ainsi l’adaptation plus structurelle des marchés de l'énergie en Europe. La Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) devra également veiller aux pratiques des fournisseurs et producteurs afin d’éviter des manipulations de marchés ou différentes dérives.


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