Qu’est-ce que la sobriété énergétique ?

il y a un mois   •   8 minute de lecture

Par La Rédaction
Table des matières

La France doit sortir de sa dépendance aux énergies fossiles et réduire de 40 % sa consommation d’énergie d’ici à 2050. Cela suppose de transformer durablement nos habitudes et nos comportements.

C’est le sens du plan sobriété énergétique annoncé par la Première ministre, Elisabeth Borne, et la ministre de la Transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, le 23 juin 2022.

Lors de son allocution du 14 juillet 2022, Emmanuel Macron a annoncé la préparation durant l’été d’un plan de sobriété énergétique. Dès le 20 juillet, la commission du développement durable de l’Assemblée Nationale a organisé une audition sur les enjeux de la sobriété énergétique.

À ne pas confondre avec l’efficacité énergétique ou le rationnement, la sobriété énergétique nous invite à envisager différemment nos modes de vie, nos besoins et nos usages énergétiques.

SirEnergies revient sur cette notion qui nous incite à changer nos comportements et notre mode de vie, individuels et collectifs.

Sobriété énergétique - Un peu de contexte

Quelques chiffres sur l'énergie en France

Bilan énergétique de la France
Source : SDES, Bilan énergétique de la France
Bilan énergétique de la France
Source: SDES, Bilan énergétique de la France

Pour fixer les idées, quelques chiffres significatifs sur l’énergie en France, avant la période COVID :

  • La dépense moyenne d’un ménage français en énergie (*) représente 3 144 €, soit environ 8,9% de son budget, dont 1 602 € pour le logement et 1 542 € pour le carburant ;
  • Le secteur de l’énergie représente 1,8% du PIB ;
  • L’indépendance énergétique de la France est de 54,6% ;
  • L’énergie représente 44 Md€ du déficit commercial de la France ;
  • La dépense globale des ménages, entreprises et administrations est de 167,8 Md€.

Quelques chiffres sur la consommation d'énergie dans le Monde

Quelques chiffres sur la consommation d'énergie dans le Monde
Source : Connaissance des énergies


En 2019, le pétrole est et de loin la principale source d’énergie primaire consommée dans le monde (33,1%), devant le charbon (27%) et le gaz naturel (24,2%).

Au total, les énergies fossiles ont compté pour 84,3% du mix énergétique mondial en 2019.

En 2019, la consommation d’énergie d’un Français est en moyenne :

  • 30 fois plus importante que celle d’un habitant d’Afrique de l’Est ;
  • 1,5 fois plus importante que celle d’un habitant de Chine ;
  • 0,5 fois moindre que celle d’un habitant des États-Unis.

Les enjeux de la sobriété énergétique

Les enjeux économiques

La sobriété énergétique parce qu’elle incite à la limitation des consommations énergétiques permet de limiter la hausse des prix des énergies fossiles ; ressources qui deviennent de plus en plus rares dans un contexte de croissance global de la demande et de tensions géopolitiques fréquentes entre pays producteurs et pays consommateurs.

C’est pourquoi les pouvoirs publics, très sensibles à la précarité énergétique des foyers, ont mis en place une remise de 15 centimes €HT par litre de carburant entre le 1er avril et le 31 août 2022.

Les enjeux géopolitiques

La sobriété énergétique est un enjeu politique majeur :

  • Le Président de la République, lors de son allocution télévisée du 14 juillet a rappelé le lancement d’un Plan de Sobriété Énergétique. La stratégie énergétique de l’Etat repose sur 4 solutions, dont la première est précisément la sobriété énergétique.
  • Au niveau Européen, le plan pour l’indépendance énergétique de l’Union Européenne REPowerEU incite aux changements de comportement modestes pour économiser l’énergie.

L’ambition de l’Union Européenne étant de décorréler l’évolution de son PIB à celui des émissions de gaz à effet de serre. Mais ces gaz ne connaissant pas les frontières, le découplage doit s’opérer au niveau mondial.

Or en 2019, même si le taux d’électrification dans le monde est de 89%, de fortes disparités persistent entre pays riches et pays pauvres quant à l’accès à l’énergie. Et ces disparités pourraient s'accroître avec la crise énergétique actuelle et engendrer des conflits entre pays producteurs d’énergies fossiles et pays consommateurs.

Dans le contexte actuel du conflit Russie/Ukraine, force est de constater que le gaz naturel en provenance de Russie est devenu un enjeu géopolitique incontournable. Le gouvernement français s’est donc engagé dans un plan de sobriété énergétique pour l’hiver 2022-2023 afin de limiter sa dépendance au gaz russe.

Les enjeux écologiques

La sobriété énergétique, qui incite à la baisse des consommations énergétiques par un changement des comportements afin de limiter toute forme d’ébriété énergétique et de gaspillage, participe pleinement à l’atteinte d’objectifs écologiques.

Consommer moins d’énergie c’est :

  • Consommer moins de ressources,
  • Limiter son impact sur l’environnement, notamment les émissions de CO2,
  • Limiter le réchauffement climatique,
  • Réduire les méfaits de notre surconsommation actuelle sur l’environnement.

En ce sens la sobriété énergétique permet aussi de lutter contre :

  • La perte de biodiversité,
  • La pollution de l’eau, de l’air et des sols, etc.

La sobriété énergétique se traduit directement par un gain financier, celui de l’énergie que l’on ne consomme pas, et indirectement par un gain écologique et environnemental qui améliore nos vies.

Quelles différences entre sobriété énergétique et efficacité énergétique ?

La sobriété énergétique et l’efficacité énergétique sont deux démarches qui conduisent à une baisse de la consommation d’énergie mais de façon différente :

  • L’efficacité énergétique consiste à accroître les performances énergétiques d’un système (process industriel, chauffage du bâtiment, matériel de transport, etc.) afin d’en réduire la consommation, pour un service rendu équivalent ; c'est-à-dire consommer moins de ressources pour un résultat équivalent ;
  • La sobriété énergétique consiste à réduire l’usage d’un système afin d’en réduire la consommation, pour un service rendu réduit ; c’est-à-dire consommer moins de ressources pour un résultat proportionnellement moindre.

En pratique, dans le cas d’un bâtiment :

  • L'efficacité énergétique consiste à réaliser des travaux d’isolation pour réduire le besoin en chauffage à confort thermique équivalent.
  • La sobriété énergétique consiste à diminuer la température de quelques degrés et donc le confort thermique pour l’usager.

Modifier les performances d’un système ou en modifier l’usage sont deux démarches permettant d’en réduire la consommation énergétique.

Comment atteindre la sobriété énergétique ?

La sobriété énergétique est une démarche visant à modifier nos comportements et nos usages de l’énergie. Elle peut être mise en œuvre individuellement et collectivement, dans les bâtiments publics ou privés, dans les transports maritimes, terrestres ou aériens.

Les transports en commun, comme le train ou le covoiturage comme BlaBlaCar, participent à la sobriété énergétique.

La sobriété énergétique est un objectif qui peut être atteint par la modification de nos comportements et de nos usages, mais aussi par l’ingénierie des bâtiments qui doit être pensée en amont, lors de la construction. Cela peut, par exemple, conduire à optimiser des surfaces habitables pour optimiser le chauffage, ou par la mutualisation d’espaces et d’équipements dans l’habitat collectif, avec notamment les réseaux de chaleur.

On notera avec intérêt que le Plan de Sobriété Énergétique en cours d’élaboration par le gouvernement repose sur 4 piliers : la sobriété énergétique, l’efficacité énergétique, les énergies renouvelables, et les centrales nucléaires.

Mis à part le dernier pilier, sobriété, efficacité, renouvelables constitue le triptyque de la démarche de l’association négaWatt pour accompagner la transition énergétique.

sobriété énergétique
Source : négaWatt


Sobriété énergétique - Les champs d'application

La sobriété dimensionnelle

La sobriété dimensionnelle consiste à utiliser un équipement adapté au besoin, par exemple :

  • Ne pas rouler avec un 4x4 dans Paris,
  • Réduire la température de chauffage à 20 °C,
  • Ne pas utiliser un frigo familial quand on vit seul.

La sobriété coopérative

La sobriété coopérative consiste à mutualiser les usages des biens et des espaces :

  • Arrêter l’utilisation individuelle de l’automobile en favorisant le covoiturage, l’autopartage, et bien sûr les transports en commun,
  • Partager des outils ou des ateliers tels que les Repair Café, et le prêt entre voisins de tondeuses à gazon, etc.

La sobriété d'usage

La sobriété d’usage consiste à surveiller le fonctionnement ou l’usage d’un appareil consommant de l’énergie afin d’en limiter la consommation et en prévenir l’usure prématurée :

  • Ne pas laisser en veille les appareils électroménagers mais les éteindre,
  • Adopter une conduite automobile économique.
  • Utiliser un couvercle pour faire bouillir de l’eau pour cuire des pâtes, etc.

La sobriété organisationnelle

La sobriété organisationnelle consiste à réorganiser des activités pour en optimiser l’usage dans l’espace et le temps :

  • Promotion du télétravail,
  • Aménagement du territoire pour limiter les déplacements des habitants,
  • Développements des réseaux de transports en commun, des pistes cyclables,etc.

La sobriété matérielle

La sobriété matérielle consiste à diminuer la consommation de biens et de produits :

  • Limiter la consommation des emballages,
  • Favoriser le vrac pour la vente en supermarché,
  • Réduire le taux d’équipement superflu ou en double (congélateur, voiture, etc)

La sobriété énergétique : Indispensable pour notre avenir énergétique ?

Jusqu’ici la politique énergétique consistait à adapter l’offre à la demande :

  • L’avenir énergétique de la France et de l’Union Européenne n’est-il pas désormais d’adapter la demande à l’offre ?
  • Les Français doivent-ils se préparer à une contrainte énergétique durable du fait de la finitude des ressources ?
  • Ou vit-on une situation de crise énergétique exceptionnelle engendrée par la guerre en Ukraine ?

Quelle que soit la réponse à ces questions, la France doit élaborer différents scénarios pour :

  • Renforcer sa capacité d’adaptation à ces changements,
  • Préparer la résilience des territoires et concitoyens,
  • Adapter les usages aux énergies renouvelables et intermittentes,
  • Répartir plus équitablement les ressources énergétiques disponibles,
  • Protéger l’environnement et la société.

La sobriété énergétique va jouer un rôle de plus en plus important dans notre avenir énergétique, dès aujourd’hui pour guider nos usages et demain pour repenser et adapter les objets et biens qui entourent notre quotidien.

Pour Bruno Le Maire, Ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, la crise énergétique actuelle est comparable aux chocs pétroliers comme celui de 1973.

Dans notre pays où la croissance du PIB est l’indicateur principal de la santé économique et où celle-ci est intimement corrélée à la dépense énergétique, difficile pour un gouvernement de parler de décroissance ou même de récession pour un gouvernement.

La mondialisation a conduit à une accélération des consommations énergétiques, à l’épuisement des ressources fossiles, et surtout au changement climatique.

Dans ce contexte, il faut également rappeler que la crise sanitaire du COVID a ralenti la maintenance des centrales nucléaires, que le conflit Russie/Ukraine a entraîné une crise énergétique mondiale du gaz, et que des problèmes de corrosion ont conduit à une forte indisponibilité du parc électronucléaire français.

C’est à tous ces enjeux que le Plan de Sobriété Énergétique devra répondre et notamment pour le passage sans encombre de l’hiver 2022-2023. De fait, la France n’est-elle pas en train de rentrer, véritablement, dans la transition énergétique dont on nous parle depuis une décennie ?


Le saviez-vous ?

Issu d’une volonté du gouvernement français, le Dispositif Eco Efficacité Tertiaire (DEET) également appelé décret tertiaire, impose une réduction des consommations énergétiques progressive pour les bâtiments tertiaires français supérieurs à 1000 m2.
Cette réglementation vise à économiser 60% d’énergie finale dans ces bâtiments à l’horizon 2050.

Nous vous accompagnons dans la mise en conformité des bâtiments tertiaires dans le but de respecter les obligations du décret tertiaire.

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