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Les prix négatifs de l’électricité : causes et conséquences

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Les prix négatifs de l’électricité : causes et conséquences

Mis à jour le

February 5, 2026

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min de lecture

Depuis deux ans, le nombre d’épisodes de prix d’électricité négatifs bat des records : 102 heures en 2022, 147 en 2023, puis 352 en 2024. En trois ans, avec +345 %, la hausse a été fulgurante ! Ce phénomène n’est pas nouveau. Depuis la fin des années 2000, il touche plusieurs marchés en Europe, comme aux Pays-Bas ou en Allemagne. Mais la montée en puissance des énergies renouvelables accélère cette tendance. Face à cette évolution, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a lancé l’alerte en novembre 2024, publiant une série de recommandations.

Si ces prix négatifs ne se reflètent pas sur la facture d’électricité des consommateurs, ils fragilisent le marché et peuvent impacter les prix de long terme. Pourquoi ces baisses extrêmes ? Quelles en sont les conséquences ? Et surtout, comment éviter ces déséquilibres sur le marché de l’électricité ?

Sirenergies lève le voile sur le mystère des prix négatifs.

Comment expliquer les prix d’électricité négatifs ?

En application de la loi du marché, les prix négatifs de l’électricité surviennent quand l’offre dépasse la demande. Avec la montée des énergies renouvelables et le changement climatique, les périodes de prix négatifs se succèdent depuis 2023.

Une hausse de l’offre d’électricité…

L’impact des énergies renouvelables sur les prix de l’électricité

Les énergies renouvelables sont intermittentes et imprévisibles. Leur production varie en fonction des conditions météorologiques. Elle peut bondir sous l’effet d’un fort ensoleillement ou d’un vent soutenu.

Si cette hausse brutale coïncide avec une faible demande, le marché de l’électricité se déséquilibre, avec un risque de prix négatifs.

Les contraintes des centrales de production d’électricité classiques

Face à cette hausse de la production renouvelable, la solution peut sembler simple : pourquoi ne pas arrêter la production des centrales traditionnelles ?

La réalité est plus complexe. La flexibilité des centrales nucléaires, à gaz ou à charbon, est limitée. Le coût du redémarrage est élevé ; un seuil technique minimal de puissance doit être respecté ; la durée minimale d’arrêt est incompressible. Si la production peut être ralentie, l’arrêt total est difficile.

Face à ces contraintes techniques et économiques, les producteurs préfèrent vendre à prix négatif sur le marché spot plutôt que de stopper leurs installations. Une perte de production contrôlée sur quelques heures engendre des pertes financières moins lourdes. Dans son rapport, la CRE estime que cette valorisation de l’électricité produite par le parc français en heures de prix négatifs a coûté environ 80 M€ au premier semestre 2024.

… couplée à une baisse de la demande d’électricité

Le prix de l’électricité fluctue avec la demande. Cette dernière varie en fonction du comportement des consommateurs et des conditions climatiques.

Les prix négatifs surviennent surtout pendant l’été, quand la demande faiblit. L’augmentation des températures, l’allongement des journées, la fermeture estivale des entreprises et les départs en vacances freinent la consommation. À cette période, la production solaire atteint son maximum, accentuant le déséquilibre du réseau.

Toujours dans son rapport, la CRE souligne aussi les risques de prix négatifs les week-ends et les après-midi.

Le changement climatique aggrave la situation. Avec la douceur des températures hivernales et printanières, des prix négatifs sont observés de plus en plus tôt dans l’année.

Quelles sont les conséquences des prix négatifs de l’électricité ?

Des prix d’électricité négatifs pourraient réjouir. Mais ce phénomène n’est pas viable à long terme. Des prix négatifs perturbent le marché, avec des effets inattendus, parfois problématiques.

Un risque de désengagement des producteurs investisseurs

Les prix négatifs de l’électricité rendent les investisseurs frileux. Si la rentabilité devient incertaine, les entreprises hésitent à financer de nouveaux moyens de production, craignant de ne pas couvrir l’intégralité de leurs coûts fixes et variables.

Sur un marché, constater des prix négatifs est normal. Ils reflètent l’équilibre à un instant T entre l’offre et la demande. Mais leur fréquence interroge sur la viabilité de ce modèle économique s’il dissuade à terme la production d’électricité.

Une défiance envers les énergies renouvelables

L’essor des énergies renouvelables accentue le phénomène des prix de l’électricité négatifs. Un pays disposant de fortes capacités éoliennes pourrait en subir les conséquences, comme l’Allemagne.

Habituellement, les surplus d’énergie sont exportés grâce aux interconnexions européennes. Cependant, avec la montée en puissance des énergies renouvelables dans tous les pays, les réseaux électriques saturent. Il devient alors difficile d’acheminer les excédents de production vers l’Europe. En 2023 et 2024, la France est restée exportatrice dans 85 % des cas lors des heures à prix négatifs. Mais les volumes d’échanges baissent par rapport aux heures à prix positifs.

Comment éviter les situations de prix négatifs de l’électricité ?

Pour limiter les prix d’électricité négatifs, plusieurs mesures sont étudiées. Certaines sont en cours de mise en place. Elles ciblent à la fois l’offre et la demande. La loi du marché est implacable : jouer sur l’offre et la demande est la seule solution pour réduire les risques.

Encourager la flexibilité de la consommation électrique

Les systèmes intelligents offrent une solution simple, rapide et efficace pour adapter en temps réel la consommation d’électricité à l’offre. Le pilotage intelligent de certains usages (chauffage ou refroidissement via des pompes à chaleur, recharge de véhicules électriques) renforce la stabilité et la flexibilité du système face aux variations imprévues.

Le TURPE 7 apporte une avancée majeure, avec la réforme des heures creuses et pleines. En instaurant au moins deux heures creuses l’après-midi, la CRE entend stimuler la demande lorsque la production renouvelable est la plus forte, réduisant ainsi les risques de prix négatifs sur le marché.

Réduire la production renouvelable en cas de prix négatifs

Les prix d’électricité négatifs n’ont aucun impact sur les producteurs d’énergies renouvelables sous obligation d’achat. Ils n’ont alors aucun intérêt à arrêter leur production malgré un coût d’arrêt faible.

Dans ses recommandations, la CRE préconise le soutien à l’arrêt des installations photovoltaïques et éoliennes pendant une période de prix négatifs.

Plusieurs pistes sont envisagées, selon le type de production et le contrat :

     
  • Modifier les contrats existants avec l’instauration d’une compensation financière en cas d’arrêt de la production.
  •  
  • Abaisser les seuils déclenchant le complément de rémunération.
  •  
  • Réviser le régime des obligations d’achat pour les guichets ouverts photovoltaïques.
  •  
  • Adapter les conditions de versement de la prime de non-production en cas de prix négatifs.

La CRE insiste aussi sur le renforcement de la contribution des énergies renouvelables au mécanisme d’équilibrage du réseau électrique. Elle recommande d’instaurer une obligation de programmation dans les contrats d’accès au réseau afin d’aider RTE à mieux anticiper les déséquilibres.

Développer les capacités de stockage de l’électricité

Quand la production d’électricité ne peut pas être réduite ni consommée, une option s’impose : la stocker pour une utilisation ultérieure.

En France, l’hydroélectricité et les STEP sont les piliers du stockage de l’électricité. Mais d’autres technologies émergent, dont les batteries de stockage électrochimique en pleine croissance. Des perspectives prometteuses se dessinent aussi avec le Power-to-Gas et le stockage de l’électricité sous forme d’hydrogène.

En équilibrant en temps réel l’offre et la demande, le stockage renforce la flexibilité des énergies renouvelables et stabilise le système électrique.

Renforcer les interconnexions supranationales des systèmes électriques

Le couplage des marchés nationaux et la mutualisation des ressources de flexibilité maintiennent des prix de gros de l’électricité homogènes dans une grande partie de l’Europe.

Un réseau déséquilibré peut être rééquilibré grâce à un système électrique voisin, à condition que les capacités des interconnexions ne soient pas saturées. Renforcer ces liaisons permettrait de limiter les épisodes de prix négatifs.

Les prix négatifs de l’électricité ne sont pas qu’une anomalie passagère : ils révèlent un système électrique mis sous tension par la nécessaire transition énergétique. Si les énergies renouvelables sont essentielles pour décarboner l’avenir, elles bouleversent les équilibres du marché. Leur intégration massive, sans solutions de flexibilité, de stockage ou de gestion intelligente de la demande, engendre des effets pervers. L’incitation à réduire les énergies renouvelables pendant une période de prix négatifs, tout en maintenant la production fossile, met une nouvelle fois en lumière le défi majeur de notre époque : concilier ambition climatique, sécurité énergétique et impératifs économiques.

Le saviez-vous ?

Votre espace Sirenergies vous permet de visualiser les courbes de prix de marché mises à jour quotidiennement.
Il y a différents produits :
– Produits forward en électricité (baseload et peakload) et gaz sur les périodes années, trimestre et mois ;
– Profondeur totale depuis la mise sur le marché des produits ;
– Historique des produits, produits en cours et forecast pour A+4 et A+5 ;
– Produit spot en électricité et gaz (PEG et TTF) à l’heure, au jour et au mois ;
– CO2 année et décembre.

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Par Emmanuel Sire, co-fondateur de Sirenergies

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Les réponses à vos questions

Quelle est la différence entre un prix Forward et un prix Spot ?

Le prix Forward est fixé à l'avance (sécurité budgétaire), tandis que le prix Spot varie heure par heure selon le marché (opportunité mais risque élevé).

Quel sera l'impact réel du VNU sur ma facture d'électricité professionnelle ?

L'impact dépendra des prix de marché. Le mécanisme prévoit une redistribution si les prix dépassent 78 €/MWh. Cependant, si les cours restent bas (actuellement autour de 60 €/MWh), le dispositif ne s'activera pas. La facture sera alors indexée à 100% sur les prix de marché, rendant le choix du fournisseur et du moment d'achat critiques.

Comment réduire ma facture si les prix du marché sont volatils ?

En 2026, les principaux leviers sont : la renégociation de votre contrat de fourniture au bon moment, l'optimisation de votre tarif d'acheminement (TURPE), la vérification de votre éligibilité aux taux réduits de taxes (Accise), et la réduction de votre consommation (efficacité énergétique, autoconsommation).

Pourquoi le seuil de 78 €/MWh est-il critiqué par les experts ?

Ce seuil est jugé élevé par rapport aux prévisions actuelles du marché. Si le prix de l'électricité reste en dessous de 78 €/MWh, les entreprises ne bénéficieront d'aucune redistribution. Cela signifie que la protection promise par la réforme pourrait être inexistante dans un marché baissier, d'où l'importance de stratégies de sourcing agiles et d'outils de monitoring comme Pilott.

Le prix de l'électricité va-t-il baisser en 2026 ?

Pas nécessairement sur votre facture finale. Si les prix de gros (le prix de l'énergie brute) ont baissé, les coûts d'acheminement (TURPE) et certaines taxes augmentent, compensant souvent la baisse de la part énergie.

Comment mobiliser les collaborateurs autour d'un projet de sobriété énergétique ?

La réussite d'un projet collectif énergie repose sur trois piliers fondamentaux :

  • La visibilité : On ne gère bien que ce que l'on mesure. Partager les données de consommation via des outils comme l'application Pilott donne un sens concret aux efforts fournis.
  • L'incarnation : Nommer des ambassadeurs énergie internes permet de diffuser les bonnes pratiques par l'exemple et de lever les freins opérationnels propres à chaque métier.
  • La gamification : Transformer la contrainte en défi (challenges inter-services, concours de l'équipe la plus sobre) crée une dynamique positive et renforce la cohésion d'équipe autour des enjeux RSE.

Quelle différence entre €/MWh et kWh ?

Le €/MWh est une unité de prix utilisée sur les marchés de gros, tandis que le kWh est l’unité visible sur vos factures.

Fin de l'ARENH au 31 décembre 2025 : comment sécuriser mon budget énergie pour 2026?

La fin de l'ARENH (Accès Régulé à l'Électricité Nucléaire Historique) marque l'arrêt de la fourniture d'électricité à prix fixe garanti (42 €/MWh).
Dès le 1er janvier 2026, les entreprises sont exposées aux prix de marché, mais deux nouveaux mécanismes de régulation prennent le relais, bien que leur logique soit différente :

  1. Le Versement Nucléaire Universel (VNU) : Ce n'est pas un tarif d'achat, mais un mécanisme de redistribution a posteriori. Si les prix de marché de l'électricité nucléaire dépassent un certain seuil (environ 78 €/MWh selon les estimations pour 2026), EDF reversera 50 % des revenus excédentaires aux consommateurs. Attention : Si les prix de marché restent modérés (sous les 78 €/MWh), le VNU ne se déclenche pas. Il agit comme une assurance contre les flambées extrêmes, pas comme un tarif bas garanti.
  2. Les CAPN (Contrats d'Allocation de Production Nucléaire) : Réservés aux industriels électro-intensifs, ces contrats de long terme (10-15 ans) permettent de réserver une part de la production nucléaire en échange d'une participation aux coûts du parc. Ils offrent une visibilité sur le long terme pour 50 à 70 % des volumes consommés.

Conseil stratégique : Ne comptez pas sur le VNU pour réduire votre facture en 2026 si les marchés restent stables. Auditez vos contrats dès maintenant pour intégrer une part de prix fixe ou explorer des "Power Purchase Agreements" (PPA) pour sécuriser vos coûts sur le long terme.

Les réponses à vos questions

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