La France est-elle en retard sur le développement des énergies renouvelables ?

il y a 2 mois   •   5 min de lecture

Par Guillaume Sagliet
Table des matières

Le 25 janvier l’ADEME et Observ’ER ont annoncé un retard dans le développement des énergies renouvelables en France. Selon leur baromètre des énergies vertes, La France accuse un certain retard dans le développement des ENR.

En effet, en 2020 une feuille de route énergétique a été établie. Les objectifs de cette dernière pour 2023 sont loin d’être atteints à l’heure actuelle. C’est donc par rapport à ces objectifs qu’ils considèrent que la France est aujourd’hui en train d’accumuler un certain retard.

Cependant, malgré ce constat alarmant, la situation est-elle vraiment inquiétante ? Nous allons voir qu’il n’est pas forcément simple de répondre à cette question.

En effet, le but étant de lutter contre le changement climatique, il est important de se munir de moyens de production renouvelables. Cependant, leur développement peut parfois stagner, mais au-delà de cela, il est également important de revoir les trajectoires de développement au regard des nouveautés du secteur.

Quel est l’état des lieux des énergies renouvelables en France ?

Les moyens de production renouvelables en France

Avant de pouvoir évoquer un éventuel retard puis d’en rechercher les causes, il est important de dresser un bilan. En France le mix énergétique est largement dominé par l’énergie nucléaire.

Mais quelle est la place réelle des ENR aujourd’hui ? Dans le bilan électrique 2020 édités par RTE il est annoncé que les ENR représentent 23,4% de la production totale. Il faut noter que cette année 2020 fut exceptionnelle en termes de production ENR par rapport à 2019.

La production éolienne a connu une hausse de 17,3 %, la production solaire de 2,3 % et enfin la production hydraulique a augmenté de 8,4 %. Cela peut s’expliquer notamment par une plus faible disponibilité du nucléaire.

Il est intéressant de constater qu’aujourd’hui les ENR représentent plus de 40% de la capacité installée totale de la France, pour seulement 23% de la production d’électricité.

graphique part ENR par rte
Source : RTE

Si vous êtes lecteur assidu de SirEnergies, vous n’êtes pas sans savoir que les ENR sont intermittentes et dépendent des conditions météorologiques. Il est donc logique de constater que puissance installée n’est pas forcément égale à une production constante.

graphique puissances et productions
Source : baromètre Observ’ER

Un secteur en constante évolution

Au-delà de la part d’ENR dans la production, il est intéressant d’observer cette même part sur la consommation des Français. En effet, la production n’est pas égale à consommation car il existe par exemple des exportations d’électricité vers d’autres pays européens.

Il s’avère que ces deux valeurs sont relativement proches, aux alentours des 23-24%.

Cependant, le secteur des ENR est en ébullition, suite aux récentes évolutions réglementaires. Nous pouvons à ce titre citer l’arrêté tarifaire d’octobre 2020 qui change la logique de développement de la filière photovoltaïque.

Cela devrait permettre un développement plus important des installations de moins de 500 MWhc. L’arrêté prévoit un tarif de rachat garanti et réglementé pour ce type d’installation.

évolution de la part renouvelable dans la consommation française
Source : Sdes

La France est-elle véritablement en retard ?

Un retard par rapport à quels objectifs ?

Dans le monde de l'énergie, il est souvent facile de se perdre dans les chiffres. Avant de parler de retard, il faut déjà établir de quels objectifs il s’agit. Tout d’abord en termes de volonté gouvernementale, Emmanuel Macron avait annoncé en 2017, vouloir tenir l’engagement des 32% d’ENR dans la consommation française.

Force est de constater qu’en 2022 nous ne sommes qu'à 23%. Il s’agit ici d’un premier retard. Il n’est question ici que d’électricité.

Les engagements pris en 2008 en faveur de la transition écologique par l’Union européenne avaient établi pour la France l’objectif de 23 % d’énergies renouvelables dans sa consommation globale brute d’énergie pour 2020. Il ne s’agit plus que d’électricité dans ce cas mais également de chaleur ainsi que de transport.

Finalement nous avons atteint 19% contre les 23% attendus. La France est donc effectivement en retard sur son plan d’action énergie renouvelable vis-à-vis de l’UE.

De plus, il faut rappeler que les dernières périodes de confinement qui ont émaillé les années 2020 et 2021 font artificiellement monter ces moyennes. Le résultat final est donc légèrement surestimé.

Un retard par rapport à nos voisins européens ?

La France est-elle en retard par rapport aux autres pays européens ? Force est de constater que nous sommes le seul pays de l’UE à ne pas avoir tenu ces objectifs d’ENR.

graphique enr en europe
Source : La Montagne

Cependant, ces chiffres sont à mettre en perspective. En effet, certains pays européens disposent de capacités hydrauliques qui couvrent presque 90% des besoins énergétiques du pays. Le défi à relever n’est donc pas le même selon les pays.

Introduire les pays nordiques dans ce genre de classement ne paraît donc pas juste au regard des différentes situations.

A contrario, il est intéressant de se comparer à des pays tels que l’Allemagne ou l’Espagne. La part des ENR dans la production d’électricité a considérablement augmenté pour s’établir aux alentours des 45%.

Il reste très difficile de faire une comparaison économiquement viable, les volontés politiques, les ressources naturelles ainsi que les reliefs étant très différents d’un pays à l’autre.

puissance installée enr par an

En termes d'installation, l'énergie éolienne connaît une baisse entamée depuis 2017. Le photovoltaïque quant à lui continue de croître légèrement d’une année sur l’autre (+2%).

En définitive, il est délicat de pouvoir comparer des pays entre eux. Chaque situation est particulière et nécessite une analyse à la fois économique, historique et politique.

Cependant, au regard du dernier rapport définitif publié par RTE le 16 février 2022, la neutralité carbone à l’horizon 2050 n’est possible qu'à condition de développer les ENR.

Dans tous les scénarios à l’étude, même avec une capacité installée nucléaire importante, il est essentiel de continuer à développer notre parc éolien onshore et offshore ainsi que nos capacités solaires. La réduction des émissions de gaz à effet de serre ne peut passer que par un mix énergétique varié. Malheureusement en France, le relief ne permet pas de faire progresser nos capacités hydrauliques. Il faudra donc compter sur d’autres sources d’énergie et sûrement intensifier les investissements publics et privés en ce sens.

Pour en savoir plus sur le récent rapport de RTE sur les Futurs Énergétiques 2050, nous vous avons concocté un guide complet.

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