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🚨️Pourquoi la cohabitation entre nucléaire et renouvelables vire à la querelle de voisinage

🚨️Pourquoi la cohabitation entre nucléaire et renouvelables vire à la querelle de voisinage

February 6, 2026

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Paris (France), 6 fév 2026 (AFP) - L'essor des renouvelables fait-il vaciller l'atome? À l'heure des choix énergétiques de la France, l'éolien et le solaire sont accusés de fragiliser les centrales d'EDF en les poussant à " moduler " de plus en plus leur production. Retour sur un concept technique qui s'est invité dans la bataille politique sur l'énergie.

Qu'est-ce que la modulation ?

La modulation désigne la capacité des réacteurs nucléaires à varier leur production au gré des besoins de consommation.

Après le choc pétrolier de 1973, pour réduire sa dépendance au pétrole, la France a massivement investi dans l'atome, devenu la source d'électricité dominante du pays.

Dès lors, la nécessité de moduler la production s'est imposée pour suivre les variations de consommation, selon les heures de la journée ou les saisons.

Aujourd'hui, le nucléaire assure encore 60 à 70% de l'électricité française, le reste provenant des barrages, de l'éolien, du solaire et des centrales à gaz.

La modulation met-elle en risque les centrales ?

Sur le plan de la sûreté, non, selon le gendarme des centrales (ASNR).

Début 2023, devant les députés, Cédric Lewandowski, patron de la direction du parc nucléaire et thermique chez EDF, estimait en revanche que l'essor des renouvelables "intermittentes" et le "dérèglement climatique", qui amène à limiter la production pour éviter de surchauffer les fleuves en été, imposeront de faire davantage varier la production d'électricité des centrales nucléaires, faisant craindre un "vieillissement accéléré" du parc. C'est le cas sur certains composants, qui sont cependant remplaçables.

Olivier Dubois, commissaire à l'ASNR, explique que ces variations de production peuvent en outre "perturber les activités des opérateurs" en les éloignant des tâches de "contrôles et d'essais".

Dans un courrier en novembre à la Cour des comptes, Bernard Fontana, le PDG d'EDF, a fait part de sa "préoccupation grandissante s'agissant des impacts d'un recours accru à la modulation" et promettait un rapport, toujours pas publié.

Pourquoi le sujet est-il devenu sensible ?

Ces deux dernières années, la classe politique s'est déchirée sur l'équilibre entre nucléaire et renouvelables, retardant la publication de la future stratégie énergétique française. Elle est désormais attendue tout prochainement.

Des voix à droite et à l'extrême droite ont saisi le thème de la modulation pour justifier un frein sur l'éolien et le solaire.

Au sein même d'EDF, le débat divise. Le syndicat majoritaire CFE-CGC a fait part de ses "vives inquiétudes" quant à un recours excessif à la modulation.

La CGT Energie et la CFDT s'interrogent aussi sur les conséquences de cette pratique croissante. Mais elles ne partagent pas la même vision. La CFDT par exemple, "refuse d'opposer le nucléaire aux renouvelables" et déplore " une politisation extrême" d'un débat technique, selon son délégué central Julien Laplace.

Les renouvelables sont-elles seules responsables ?

Pas uniquement. Selon la Commission de régulation de l'énergie, EDF module aussi pour optimiser ses revenus, "en fonction des prix de marché", produisant quand les cours sont élevés, moins quand ils sont bas.

Mais 2024 aura été une année "pivot": quand la production solaire bat son plein, EDF module davantage car l'abondance d'électricité - combinée à une demande qui stagne - fait plonger les prix du marché. La tendance devrait s'amplifier.

Quelles solutions ?

Pour le gestionnaire du réseau de haute tension RTE et le gouvernement, la clé est d'accélérer l'électrification de l'économie: transports, bâtiment, industrie, qui carburent encore aux énergies fossiles.

La France, souligne RTE, est en retard malgré "l'avantage quasi unique" d'une production électrique abondante et décarbonée à 95%. Nucléaire et renouvelables forment d'ailleurs la combinaison la moins chère et risquée pour le pays, martelait récemment Xavier Piechaczyk, alors président du directoire de RTE.

Mais ce cocktail suppose plus de flexibilités: stockage par batteries, pilotage de l'éolien et du solaire, déplacement de la consommation quand la production est forte...

Le secteur des renouvelables alerte: trop ralentir leur déploiement mettrait en péril la filière, au détriment des emplois et de la sécurité énergétique.

Car le vieillissement du parc nucléaire devrait entraîner une baisse des capacités installées dans les années 2040, même en prolongeant la durée de vie à 60 ans. La montée en puissance des six nouveaux réacteurs prévus par l'État sera très progressive, le premier n'étant pas attendu avant 2038, au mieux.

« Tous droits réservés. ©2026 Agence France-Presse ».

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