ūüö®ÔłŹA Flamanville, EDF se pr√©pare √† faire "battre le coeur" du r√©acteur EPR

10 juillet 2024   •   3 minutes de lecture

Flamanville (France), 10 juil 2024 (AFP) - "On est dans la derni√®re ligne droite": √† Flamanville, EDF est pr√®s de lancer la premi√®re r√©action nucl√©aire en cha√ģne dans son r√©acteur de nouvelle g√©n√©ration EPR, une √©tape symbolique avant l'arriv√©e des premiers m√©gawatts dans le bocage normand cet √©t√©.

Apr√®s 17 ans d'un chantier difficile et co√Ľteux, √©maill√© de nombreux d√©boires et retards, EDF met les derni√®res touches au d√©marrage effectif du 57e r√©acteur du parc nucl√©aire fran√ßais, une premi√®re depuis pr√®s d'un quart de si√®cle au pays de l'atome.

"On est dans la derni√®re ligne droite des essais pr√©alables √† cette √©tape tr√®s importante de la divergence", confirme Gr√©gory Heinfling, chef d'exploitation de Flamanville 3, qui deviendra le r√©acteur le plus puissant du pays (1.600 MW) et o√Ļ 800 personnes travailleront √† terme, dont 200 employ√©s de soustraitants.

EDF se veut prudente sur le calendrier de l'op√©ration, qui consiste √† obtenir la premi√®re r√©action de fission nucl√©aire en cha√ģne dans le coeur de "Fla3", mais ce ne serait plus qu'une question de "jours", voire de "semaines".

A ce moment-l√†, le r√©acteur log√© sous son d√īme de 50 m√®tres de diam√®tre, ne produira pas encore d'√©lectricit√©, mais "son coeur commence √† battre", explique-t-on chez EDF. "C'est le moment o√Ļ le r√©acteur prend vie", illustre Alain Morvan, directeur du projet Flamanville 3, lors d'une visite pour quelques journalistes dans la cath√©drale de b√©ton qui fait face √† la Manche.

"Les essais √† froid sont termin√©s et maintenant on fait des essais √† chaud en montant le r√©acteur √† 155 bars et √† 303 degr√©s, la temp√©rature nominale, avant la divergence", poursuit le chef d'orchestre du projet. EDF devra pour lancer cette op√©ration obtenir un feu vert du gendarme fran√ßais de la s√Ľret√© nucl√©aire, l'ASN.

"Le but de la divergence n'est pas simplement d'appuyer sur un bouton, mais c'est d'emmener l'ensemble du réacteur dans des conditions physiques pour arriver à la réaction de fission", résume François Tronet, formateur à Flamanville.

Toc-toc-toc

Les équipes de conduite qui se relaient en 3x8 se sont déjà préparées à cette opération dans un simulateur, réplique exacte de la salle de commande entièrement numérisée - une innovation des EPR - avec son mur d'écrans donnant à voir les entrailles du réacteur. "Chaque équipe de quart a joué au moins deux ou trois fois ce scénario", assure Grégory Heinfling.

La premi√®re r√©action nucl√©aire s'obtient lorsqu'un neutron vient casser un noyau d'atome d'uranium, ce qui lib√®re une grande quantit√© d'√©nergie et d'autres neutrons, qui vont √† leur tour entra√ģner d'autres r√©actions nucl√©aires.

Le jour J, les opérateurs en salle des commandes entendront d'ailleurs une répétition de "toc-toc-toc", une illustration sonore pour les guider dans le processus.

Pour amorcer cette r√©action en cha√ģne de mani√®re progressive et ma√ģtris√©e, et permettre la lib√©ration des neutrons, ils devront relever centim√®tre par centim√®tre les grappes de commande, un m√©canisme en forme de tiges qui permet de contr√īler la puissance du r√©acteur.

"Chaque toc qu'on entend représente 1.000 neutrons qui viennent toucher le détecteur", souligne François Tronet.

Depuis le 7 mai, et le feu vert donné par l'ASN pour mettre en service cet EPR, 12 ans après la date prévue, EDF a déjà franchi plusieurs étapes clés et mené de nombreux essais et vérifications.

Apr√®s le chargement des 60.000 crayons de combustible dans la cuve, EDF s'est notamment attel√© √† tester le bon fonctionnement des 89 grappes de commande, cruciales, car ce sont elles qui permettent de contr√īler la r√©action nucl√©aire et de l'arr√™ter en situation d'urgence.

Le r√©acteur enverra ses premiers √©lectrons sur les lignes √† haute tension d'ici la fin de l'√©t√©, selon EDF, lorsqu'il aura atteint 25% de sa puissance, une condition pour le raccorder au r√©seau - on parle de "couplage". Ce sera alors au tour de l'imposante turbine Arabelle, avec ses 70 m√®tres de long et 1.200 tonnes, d'entrer en action. Au moment du "couplage", cet engin, qui patiente pour l'heure dans la salle des machines, tournera √† 1.500 tours/minute pour produire l'√©lectricit√©, mue par la vapeur cr√©√©e gr√Ęce √† la chaleur du r√©acteur.

Il faudra encore patienter pour atteindre la pleine production à 100%, destinée à alimenter 3 millions de foyers, une étape qu'EDF promet d'ici la fin de l'année.

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