ūüö®ÔłŹLa France tient son budget carbone mais doit acc√©l√©rer d'urgence

21 mars 2024   •   3 minutes de lecture

Paris, 21 mars 2024 (AFP) - La France, tir√©e par son √©lectricit√© d√©carbon√©e, parvient √† respecter son budget carbone, malgr√© des difficult√©s pour r√©duire les √©missions des transports. Mais pas de quoi pavoiser au moment o√Ļ le pays cherche comment doubler ses efforts pour s'aligner sur les objectifs europ√©ens renforc√©s.

Le pays a émis 405 millions de tonnes de CO2 équivalent (MtCO2e) en moyenne sur la période 2019-2023, selon la pré-estimation du Citepa, l'organisme indépendant chargé de l'inventaire de la pollution carbone française, qui a publié son rapport annuel jeudi.

La France est en dessous de l'objectif de 422 MtCO2e/an sur cette période, fixée par sa feuille de route, appelée la Stratégie nationale bas carbone (SNBC), après avoir échoué à respecter son 1er budget carbone (2015-2018) et revu ses ambitions à la baisse en 2019.

C'est désormais l'inverse qui attend le gouvernement: la France doit rehausser son ambition pour s'aligner sur l'objectif européen de -55% d'émissions d'ici 2030 par rapport à 1990. La France en est aujourd'hui à -29%.

La 3e version de la SNBC était imminente, mais le Premier ministre a finalement décidé mi-mars de relancer une "grande consultation" publique sur cette stratégie ainsi que sur la loi de programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE).

Ni les détails ni le calendrier ne sont encore connus. Mais la concertation s'annonce déjà musclée, notamment avec les ONG environnementales, dont plusieurs poursuivent une action en justice, "l'Affaire du siècle", pour contraindre l'Etat à rattraper les retards accumulés.

"Cette baisse des émissions est majoritairement due à des effets conjoncturels, malheureusement subis, principalement liés aux hausses des prix de l'énergie, et donc à une sobriété non choisie", a commenté Cyrielle Denhartigh, coordinatrice des programmes du Réseau action climat (RAC), qui fédère 37 associations.

Le RAC réclame des "politiques publiques structurantes" pour rendre "pérennes" ces baisses: "lever les verrous au développement des énergies renouvelables", "encourager le développement des petits véhicules électriques" et "réformer la fiscalité du secteur aérien".

De son c√īt√©, l'ex√©cutif se f√©licite d'avoir atteint 384,5 MtCO2e d'√©missions nationales brutes en 2023, soit moins que dans l'ann√©e du Covid. Le recul annuel de -4,8% n'est pas aussi spectaculaire qu'en Allemagne mais est "un record" fran√ßais (hors Covid), salue le ministre de la Transition √©cologique.

Vols domestiques en hausse

Les émissions comptabilisées incluent les activités sur le territoire, mais pas celles liées aux importations.

La baisse g√©n√©rale est aliment√©e par le secteur de l'√©nergie (38 MtCO2e), avec "l'augmentation de la production d'√©lectricit√© d√©carbon√©e", avant tout gr√Ęce au "retour d'une forte production nucl√©aire", puis avec la hausse des productions hydro√©lectrique, √©oliennes et solaires, note le Citepa.

Les √©missions du secteur r√©sidentiel-tertiaire (60 MtCO2e) sont aussi tr√®s inf√©rieures aux objectifs, conjugaison des "comportements de sobri√©t√© des m√©nages et des entreprises", de moindre besoin de chauffage gr√Ęce √† la m√©t√©o et de poursuite des r√©novations thermiques.

Pour l'industrie (67 MtCO2e), le recul des émissions "s'explique principalement par des baisses de production", outre les efforts de décarbonation en cours.

Le point d'inquiétude reste les transports, premier secteur émetteur avec 128 MtCO2e. Un déclin durable et l'effet de l'électrification ne sont pas encore visibles, malgré une reprise de la baisse d'environ 3% en 2023, alimentée par les hausse des prix des carburants et le recul du diesel.

C√īt√© a√©rien, les √©missions ont explos√© sur un an, sur les vols domestiques (+21%), qui d√©passent le niveau pr√©-Covid, comme sur les vols internationaux (+27%, inf√©rieur √† 2019).

L'estimation des émissions de l'agriculture sera publiée en juin par le Citepa.

Pour √©valuer la trajectoire climatique de la France vis-√†-vis de l'accord de Paris, et son objectif de limiter le r√©chauffement mondial √† 1,5¬įC, il faut encore prendre en compte l'absorption du CO2 par les for√™ts, les prairies et les tourbi√®res sur le sol fran√ßais.

En 2022, ces puits de carbone naturels n'ont capté que 16,9 MtCO2e au lieu des 41 millions prévues en moyenne dans la SNBC, selon l'Observatoire climat-énergie, développé par le RAC et l'Agence de la transition écologique (Ademe). Un déficit récurrent depuis 2015 lié aux sécheresses, renforcées par le changement climatique, aux incendies et aux maladies, qui ont accru la mortalité des arbres.

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