ūüö®ÔłŹClimat : capter le CO2, le pari controvers√© de l'UE pour adoucir sa transition

07 f√©vrier 2024   •   3 minutes de lecture

Bruxelles, 7 fév 2024 (AFP) - L'UE mise sur le captage du carbone pour rendre la transition climatique moins douloureuse: mais si les développeurs de ces technologies naissantes vantent une solution "incontournable" pour décarboner l'industrie, des ONG dénoncent un pari "dangereux" à l'efficacité incertaine.

La Commission européenne l'assure: les législations déjà adoptées permettront d'approcher la baisse nette de 90% des émissions de gaz à effet de serre des Vingt-Sept visée en 2040.

Pour parvenir à cet objectif très ambitieux, Bruxelles prévoit le captage de 280 millions de tonnes de CO2 (dont les deux-tiers seraient stockés et un tiers réutilisé), puis 450 millions en 2050.

"Dans certains secteurs industriels, les processus sont particuli√®rement difficiles √† verdir, les changements co√Ľteux", a reconnu le vice-pr√©sident de la Commission, Maros Sefcovic.

Accélérer les technologies de captage-stockage du CO2 "renforcerait la compétitivité", garantissant "une transition socialement équitable", insiste-t-il. Sidérurgie, incinération de déchets, ciment pourraient être visés par cette "Stratégie de gestion du carbone".

Il s'agit de piéger le CO2 généré par des usines ou centrales thermiques à gaz ou biomasse, pour le séquestrer dans des réservoirs géologiques de façon permanente -ou alors de le réutiliser dans la fabrication de carburants synthétiques et de plastiques.

"Quand on calcule, on voit que ces technologies sont incontournables pour atteindre la neutralit√©, d'o√Ļ le changement radical de discours", observe Toby Lockwood, du think-tank Clean Air Task Force.

-Dernier kilomètre-

La dynamique est enclenchée: les Vingt-Sept visent en 2030 le stockage d'au moins 50 millions de tonnes, le Fonds d'innovation de l'UE soutient des projets de captage-stockage d'environ 10 millions de tonnes/an opérationnels dès 2027....

Mais tout reste √† b√Ętir, dont les pipelines pour transporter le carbone: 19.000 km seront n√©cessaires en 2040, soit 16 milliards d'euros d'investissements estim√©s.

"On ne peut aller jusqu'au +dernier kilomètre+ avec renouvelables et hydrogène. Il ne s'agit pas de prolonger la survie des géants pétro-gaziers mais d'aider les secteurs durs à décarboner", souligne Joop Hazenberg, directeur UE du CCSA, fédération du secteur du carbone.

Ces industries "d√©pendront encore des fossiles, √† moins de vouloir atrophier l'√©conomie. Le captage du carbone sera un outil disponible, mais extr√™mement co√Ľteux, pas une solution de facilit√©", indique-t-il √† l'AFP.

Pour lui, la technologie, notamment utilis√©e en Norv√®ge, est "prouv√©e". Mais avec des co√Ľts de captage pouvant atteindre 100-150 euros par tonne de CO2, le mod√®le √©conomique fait d√©faut.

Il devrait s'appuyer sur le décollage du marché du carbone imposé aux entreprises polluantes, et s'inspirer des modèles de rémunération de gestion des déchets.

En attendant la viabilit√© √©conomique, Bruxelles pr√©voit des instruments de soutien: march√©s publics, agr√©gation de la demande, fonds europ√©ens, standards harmonis√©s... notamment sur la "puret√©" du carbone transport√©, susceptible de rendre le captage plus √©nergivore et co√Ľteux.

-Distraction dangereuse-

"Lancer des projets isol√©ment sera plus rapide", mais "l'objectif final reste un r√©seau interop√©rable" et concurrentiel, "sans fragmentation r√©glementaire, o√Ļ le CO2 pourra aller vers n'importe quel site de stockage en Europe", rel√®ve Toby Lockwood.

"Un énorme chantier", mais "cette +Stratégie+ devrait catalyser des actions et financements coordonnés, permettant de surmonter en temps limité les obstacles techniques, réglementaires, économiques" , estime-t-il.

Crucial pour combler le gouffre g√©ographique entre les pays du Nord, o√Ļ sont concentr√© les projets actuels autour de hubs portuaires comme Rotterdam, et les industries lourdes dans l'Est et le Sud.

"Real Zero Europe", collectif de 140 ONG, dénonce cependant "une distraction dangereuse", "écran de fumée pour continuer l'utilisation des fossiles".

Bruxelles n'exclut pas explicitement le captage dans la production d'électricité après 2040, porte ouverte à maintenir des centrales à gaz et biomasse.

Or, "cela doit rester l'outil de dernier recours, faute d'alternative" ce qui n'est pas le cas dans l'énergie, souligne Riccardo Nigro, de l'European Environmental Bureau.

Il fustige "un risque de d√©pendance √† des technologies co√Ľteuses non √©prouv√©es √† grande √©chelle". "Des recettes de contes de f√©es", ironise WWF.

Carbon Market Watch déplore aussi "l'amalgame" entre carbone stocké pour toujours, et celui réutilisé dans des carburants.

"Dans ce cas, l'√©mission de CO2 n'est que retard√©e", m√™me si ces e-fuels sont plus verts que des carburants fossiles, reconna√ģt Joop Hazenberg.

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