đŸššïžAprĂšs le charbon, la Moselle nouvel eldorado pour l'hydrogĂšne ?

19 fĂ©vrier 2024   •   3 minutes de lecture

Petite-Rosselle (France), 18 fév 2024 (AFP) - Ce fut une découverte inattendue, comme souvent en sciences: des chercheurs ont potentiellement découvert "la plus grande réserve du monde" d'hydrogÚne blanc, ou hydrogÚne natif, dans le sous-sol houiller de la Moselle.

AprÚs 150 ans d'exploitation du charbon, le bassin minier lorrain renferme-t-il encore des secrets ? C'est ce que tentent de découvrir, depuis quatre ans, des chercheurs du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), via un projet de recherche baptisé Regalor.

Avec une sonde, descendue jusqu'Ă  plus de 1.000 mĂštres de profondeur dans le sous-sol de Folschviller (Moselle), les chercheurs, qui Ă©taient en quĂȘte de mĂ©thane, ont en fait dĂ©couvert d'importantes quantitĂ©s d'hydrogĂšne blanc, gaz qui se forme naturellement dans les sous-sols.

Si les concentrations de cet hydrogÚne natif sont identiques dans tout le bassin houiller lorrain, la découverte représenterait "60 millions de tonnes" de cette ressource générée naturellement par la Terre, soit potentiellement "la plus grande réserve mondiale", selon Jacques Pironon, directeur de recherche, géologue de formation, en charge du projet Regalor, lors d'une conférence à Petite-Rosselle (Moselle) début février.

Ces premiÚres estimations seront toutefois "à affiner avec d'autres forages", a-t-il précisé.

L'hydrogÚne natif se forme naturellement dans le sous-sol, via des réactions chimiques, entre l'eau et des minéraux par exemple.

"Depuis deux ans, on mesure en continu, toutes les 30 minutes, les gaz" présents dans le sous-sol, créant ainsi "l'une des plus grosses banques de données" du monde sur ces concentrations en hydrogÚne natif, a expliqué Philippe de Donato, également directeur de recherches au CNRS et en charge de Regalor.

Les puits traversent les veines de charbon autrefois exploitĂ©es en Moselle, et d'autres couches de minĂ©raux oĂč les concentrations d'hydrogĂšne blanc augmentent au fur et Ă  mesure de la profondeur de la sonde.

Pour l'heure, les scientifiques ont atteint 1.250 mĂštres de profondeur avec une sonde "unique au monde" de six centimĂštres de diamĂštre, souligne M. de Donato.

"A 1.250 mÚtres de profondeur, on a découvert une concentration de 20% d'hydrogÚne blanc dans les mélanges de gaz", a précisé Jacques Pironon.

Et d'aprÚs plusieurs modélisations, la teneur en hydrogÚne pourrait atteindre 90% à 3.000 mÚtres de profondeur.

Regalor II

L'hydrogĂšne naturel suscite un intĂ©rĂȘt grandissant pour la dĂ©carbonation de l'industrie et des transports. Ce gaz est actuellement principalement utilisĂ© pour la production d'ammoniac, de mĂ©thanol, de carburants ou de raffinage de produits pĂ©troliers.

L'Union européenne souhaite produire, à horizon 2030, 20 millions de tonnes d'hydrogÚne renouvelable.

Mi-décembre, le président de la République Emmanuel Macron avait annoncé à Toulouse le lancement de "missions d'exploration" de réservoirs d'hydrogÚne naturel sur tout le territoire, promettant "des financements massifs" dans le domaine.

"On ne peut pas laisser dormir cette ressource", avait-t-il lancé. "On y va à fond sur les électrolyseurs, mais maintenant on y va deux fois plus vite sur l'hydrogÚne naturel."

"Des demandes de permis de recherche sont en cours pour des gisements potentiels dans les Pyrénées-Atlantiques et la région Auvergne-RhÎne-Alpes", indique le site internet du ministÚre de la Transition écologique.

Les chercheurs et leurs partenaires, parmi lesquels La Française de l'Energie, dĂ©poseront le 29 avril la demande d'autorisation pour le projet Regalor II, qui devra permettre de dĂ©terminer de quelles façons pourra ĂȘtre exploitĂ© cet hydrogĂšne.

Le site de Folschviller, oĂč se dĂ©roulent les opĂ©rations de mesure, "ne donnera jamais lieu Ă  l'exploitation", ont toutefois prĂ©cisĂ© les chercheurs, et restera un site dĂ©diĂ© Ă  la recherche.

Des discussions sont en cours avec les services de l'Etat pour réaliser des forages plus profonds, jusqu'à "3.000, 3.500 mÚtres de profondeur" aux alentours de Saint-Avold (Moselle), a précisé M. Pironon. Ce qui pourrait permettre de déterminer à partir de quel niveau de profondeur se créée l'hydrogÚne blanc.

Le premier gisement d'hydrogÚne naturel a été découvert au Mali. Il est exploité depuis 2011, à raison de 90 tonnes par an de production, ce qui permet l'électrification d'un village.

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