
🚨️La guerre au Moyen-Orient, encore un révélateur de la dépendance au pétrole et au gaz
March 3, 2026
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Paris (France), 3 mars 2026 (AFP) - Comme après l'invasion russe en Ukraine en 2022, la guerre au Moyen-Orient expose le retard de l'Europe et d'autres pour remplacer les énergies fossiles importées par le solaire et l'éolien sur leur territoire.
"Cela a un air de déjà -vu. Je me rappelle avoir eu exactement les mêmes conversations en 2021, et en février 2022 au moment de l'invasion de l'Ukraine par la Russie", s'est souvenu Jan Rosenow, professeur en politique énergétique et climatique à l'université d'Oxford, lors d'une conférence en ligne lundi.
L'invasion russe de 2022 avait entraîné une crise énergétique massive, en particulier en Europe où les prix du gaz - qui était alors majoritairement importé de Russie- avait explosé.
Quatre ans plus tard, le continent importe en masse du gaz naturel liquéfié (GNL), notamment du Qatar, et reste dépendant en pétrole du Moyen-Orient, où les navires sont bloqués, voire visés par des frappes iraniennes. "Nous n'avons pas vraiment retenu les leçons que nous aurions dû retenir", résume le professeur Rosenow.
Pour Pauline Heinrichs, spécialiste en diplomatie climatique au King's College de Londres, "historiquement les combustibles fossiles promettaient d'apporter une certaine forme de liberté, de démocratie, de croissance et, surtout, de sécurité".
"Je pense que cette guerre illégale et inutile nous rappelle à la fois que cela est manifestement faux et, deuxièmement, que cela relève, sur la sécurité, de l'illusion", ajoute-t-elle.
La guerre, délenchée samedi par des frappes israéliennes et américaines sur l'Iran, a déjà causé une flambée d'environ 7% des cours du pétrole lundi, tandis que les prix du gaz en Europe se sont envolés de plus de 30%.
"Les tensions actuelles au Moyen-Orient viennent rappeler aux Européens leurs fragilités", relève Patrice Geoffron, professeur à l'université Paris-Dauphine-PSL et directeur du Centre de géopolitique de l'énergie et des matières premières.
L'Europe est dépendante à plus des deux tiers des énergies fossiles, principalement pour ses véhicules, son chauffage, ses usines... selon l'Agence internationale de l'énergie en 2023. Seule la production d'électricité s'est nettement décarbonée ces dernières années sur le continent: les énergies fossiles n'ont produit que 29% du courant dans l'Union européenne l'an dernier, selon Ember.
A travers l'Europe, l'appétit politique pour investir davantage dans les énergies renouvelables pour toute l'économie s'est émoussé. Et cette transition énergétique reste loin des objectifs globaux dans le reste du monde, certains pays reculant carrément, comme les Etats-Unis.
"La transition mondiale est encore trop lente", a lancé le patron de l'ONU Climat, Simon Stiell, sur LinkedIn. C'est pourtant, selon lui, "la voie évidente vers la sécurité et la souveraineté énergétiques".
Après le début de la guerre en Ukraine, l'Europe est aussi passée d'une dépendance massive aux gazoducs russes à une dépendance très importante aux importations de GNL, transporté par navire, en provenance des Etats-Unis et du Qatar.
Le prix du gaz en Europe a bondi lundi après l'annonce par la compagnie énergétique publique du Qatar, QatarEnergy, de l'arrêt de sa production de GNL à la suite d'une attaque de drones iraniens. Entre 10 et 15% des importations européennes de gaz viennent du Qatar.
"L'Europe est confrontée au plus grand signal d'alarme depuis l'invasion de l'Ukraine", décrypte lundi Ana Maria Jaller-Makarewicz, analyste pour l'Institut d'économie de l'énergie et d'analyse financière (IEEFA).
"Plutôt que de ralentir la transition vers une économie à faible intensité carbone, les nouvelles tensions montrent que le déploiement de sources d'énergie propres produites localement devrait être accéléré", argue Simone Tagliapietra, chercheur à l'institut européen Bruegel, dans un commentaire transmis à l'AFP.
"Ce n'est qu'en réduisant sa dépendance structurelle vis-à -vis des importations de pétrole et de GNL que l'Europe pourra protéger durablement son économie contre les chocs externes récurrents", ajoute l'expert.
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