
🚨️A des centaines de mètres sous terre, le stockage de gaz se prépare pour l'hiver prochain
April 17, 2026
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Saint-Illiers-la-Ville (France), 17 avr 2026 (AFP) - L'hiver terminé, il faut déjà penser au suivant: près de Paris, d'immenses réserves souterraines de gaz commencent leur remplissage afin de sécuriser l'approvisionnement des consommateurs pour l'hiver prochain, une infrastructure "stratégique" remise sous les projecteurs au gré des crises.
En pleine guerre au Moyen-Orient, entre tensions d'approvisionnement sur les hydrocarbures et envolée des prix, Bruxelles a appelé les Etats membres à lancer le remplissage de leurs réserves gazières le plus tôt possible afin d'éviter une ruée estivale encore plus coûteuse.
A 70 km de Paris, à Saint-Illiers-la-Ville (Yvelines), l'un des 14 sites de Storengy, filiale d'Engie, assure justement cette mission en toute discrétion pour la région Ile-de-France et la Normandie.
Des "têtes de puits", assemblages de vannes et de tuyaux, qui affleurent en surface, et une quarantaine de salariés seulement: difficile de deviner l'activité du site, très sécurisé, qui se découvre au milieu d'un paysage vallonné.
Tout se passe sous nos pieds. Une gigantesque "bulle" de gaz est stockée dans une nappe aquifère, couche de roche poreuse imbibée d'eau, qui s'étend sur le territoire de huit communes.
Acheminé par les canalisations du réseau gazier, le gaz est injecté sous terre via 27 conduites verticales, parfois après avoir été comprimé.
"Il faut imaginer une tuyauterie qui descend entre 330 et 460 mètres" de profondeur, décrit Coralie Croissant, cheffe de ce site, dont la capacité atteint 690 millions de m3 de gaz, l'équivalent de la consommation annuelle d'une ville comme Beauvais.
En période hivernale de "soutirage", le gaz est remonté en surface pour être consommé ou exporté après avoir été débarrassé de l'eau résiduelle, et réodorisé - obligatoire en France pour détecter les fuites.
En France, 130 térawattheures de gaz sont stockés dans ce type d'infrastructure, dont 100 TWh gérés par Storengy et le reste dans le Sud-Ouest par Teréga. De quoi couvrir un tiers de la consommation nationale annuelle.
Certains jours de cet hiver, les stockages ont assuré jusqu'à 80% de la consommation nationale.
Historiquement, les fournisseurs d'énergie (TotalEnergies, Engie, EDF, etc.) et les traders réservaient des capacités de stockage pour profiter d'un gaz moins cher l'été et le revendre l'hiver.
Mais ces dernières années, c'est leur rôle dans la sécurité d'approvisionnement qui est mis en lumière depuis la guerre en Ukraine et aujourd'hui avec la guerre au Moyen-Orient. L'interruption de l'activité de la plus grande usine de liquéfaction de gaz du monde au Qatar et le blocage du détroit d'Ormuz, où transitaient environ 20% du commerce mondial de gaz naturel liquéfié (GNL), ont illustré la fragilité des chaînes d'approvisionnement.
"Aujourd'hui, le champ des possibilités d'approvisionnement s'est réduit en Europe, on a moins de flexibilités, ce qui rend nécessaire d'avoir du gaz présent sur notre territoire - ou plutôt sous notre territoire", explique Charlotte Roule, directrice générale de Storengy.
Depuis l'arrêt des livraisons russes via par gazoduc vers l'Europe de l'Ouest, le continent s'est massivement tourné vers le GNL, notamment américain. Une dépendance qui expose l'Europe à de nouvelles vulnérabilités avec le risque que ces cargaisons transportées par bateau soient redirigées vers des marchés plus lucratifs, comme l'Asie.
En France, les stockages étaient remplis à 22% fin mars, en fin d'hiver.
"Le remplissage se passe bien", constate Charlotte Roule à Saint-Illiers, où le niveau dépasse maintenant 30%. La France "est en position de tenir" son objectif national réglementaire de 85%, voire 90%, avant l'hiver prochain, rassure-t-elle.
A la suite de la crise énergétique de 2022, l'UE a imposé aux Etats membres des stockages remplis à 90% au 1er novembre. Mais "ces mesures étaient tellement strictes que cela a créé des distorsions sur les marchés et une tension sur les prix d'été", souligne Charlotte Roule.
Des règles assouplies en juillet permettent désormais aux 27 d'atteindre cet objectif entre le 1er octobre et le 1er décembre, avec une flexibilité sur les volumes de 10% en cas de conditions défavorables.
Au-delà des crises, les stockages sont davantage sollicités à mesure que le système énergétique "s'électrifie avec plus de renouvelables", note Charlotte Roule.
Pour compenser l'intermittence du solaire et de l'éolien, le gaz est de plus en plus amené à jouer un rôle de "relais" afin de faire tourner des centrales de production électrique quand vent et soleil font défaut.
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